Les défis de l'édition théâtrale française

07/07/2015

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A l’occasion du Festival d'Avignon, du 4 au 25 juillet, Henri Citrinot, conseiller éditorial aux éditions de l’Amandier, spécialisées dans la production littéraire théâtrale, évoque les difficultés de ce secteur éditorial.

A l'approche du Festival d'Avignon, quelle est la situation de l'édition de théâtre en France ?

Elle va mal, sans doute parce que les conditions économiques se sont, au fil du temps, dégradées, modifiant les choix des dépenses, souvent, malheureusement, au détriment de la culture. Les statistiques ne sont pas encore alarmantes, mais il convient d'être attentif aux petits glissements qui laissent apparaître des difficultés comme monter un spectacle avec plus de 3 ou 4 personnages, remplir convenablement la salle, vendre les livres de la pièce quand elle est jouée même si les spectateurs manifestent leur satisfaction et leur plaisir.

Vous publiez beaucoup de dramaturgie contemporaine. Cette littérature trouve-t-elle son public en librairie ?

Nous avons publié en 2014 plus de 20 pièces dont la vente est inégale et rarement prévisible. Une pièce de théâtre est tirée à 500 exemplaires, parfois un peu plus et rarement moins. Quand on sait que le diffuseur-distributeur prélève entre 60 et 64 % des ventes et qu'à cela s'ajoutent 8 à 10 % de droits d'auteur, l'amortissement pour l'éditeur relève du miracle. L'engagement efficace de l'auteur est naturellement souhaitable et s'avère parfois déterminant pour la diffusion du livre. Mais cet engagement ne peut être imposé d'une quelconque façon.

Qu'en est-il de la création actuelle ?

Il y a un flux permanent de textes adressés aux éditeurs dont l'intérêt est naturellement variable. Les grands textes ne sont pas légion, mais de temps à autre, on a le plaisir de tomber sur une perle rare et cela compense le temps passé, à lire, à trier et à patienter. Ainsi les pièces de Claude Ber ou des ouvrages comme (…) sur la ligne que Christophe Lamiot a écrit pendant une résidence au « 104 » et Marie-Claude ou le muguet des Déportés, de Jean-Pierre Thiercelin, qui sera présenté cette année au Festival d'Avignon.

Et du côté des traductions ?

On se doit d'être attentif à ce qui parait hors de nos frontières, mais les difficultés économiques reproduisent d'une certaine façon, dans le domaine de la culture, ce à quoi on assiste dans le domaine de la migration : le courant va inévitablement vers les pays qui disposent d'une meilleure offre culturelle. Les publications à l'étranger de  textes d'auteurs édités par nous sont rares, alors que nous avons à maintes reprises demandé le droit de faire paraître des pièces d'auteurs étrangers en France comme celles de Stig Larsson (à ne pas confondre avec l'auteur de Millénium) et les catalans Josep Benet i Jornet et Àngels Aymar.  

Mylène Moulin