Les petits éditeurs en quête de visibilité

25/11/2013

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Tandis que le salon international de l’édition indépendante a tenu sa onzième édition à Paris et que la micro-édition se retrouvait à Colmar, les indépendants s’organisent à l’international.

La bonne humeur était palpable à l’espace des Blancs-Manteaux, au cœur du quartier du Marais, à Paris, vendredi 15 novembre pour l’inauguration du 11e Salon international de l’édition indépendante. « Chaque année, les éditeurs sont plus nombreux à vouloir participer, et nous devons refuser des adhésions faute de place, regrette Juliette Combes-Latour, directrice des éditions Le temps des cerises, l’un des initiateurs de la manifestation il y a dix ans. Au départ, Le temps des cerises a eu l’idée d’ouvrir un espace aux petits éditeurs qui, même lorsqu’ils avaient les moyens de participer au Salon du livre de Paris, y étaient noyés dans la masse », raconte-t-elle. Le succès est là, avec plus de cinq mille visiteurs en trois jours. « Les éditeurs ne viennent pas tous chaque année, note Guillaume Zorbib, directeur des éditions du Sandre, créées il y a trois ans. Mais cela donne une vitrine à beaucoup, et un moment pour rencontrer les autres éditeurs. » Ce que confirme Stéfani de Loppinot, qui a fondé en2011 avec Julia Curiel les éditions des Grands champs, autodiffusées et distribuées, et qui tiennent leur stand pour la deuxième année consécutive : « Il n’est pas évident de rencontrer les lecteurs ; venir ici nous donne l’occasion de les connaître. »

Le succès de ce salon organisé par l’association L’Autre livre reflète le dynamisme des petites structures éditoriales. « L’association s’est créée sur un modèle syndical, même si c’est avant tout pour le salon que les éditeurs adhèrent, explique Juliette Combes-Latour. Elle a été à la fois le miroir et le catalyseur du boum de créativité des petits éditeurs dans les dix dernières années, ce qui a mené à l’organisation d’états généraux de l’édition indépendante, en 2005 et 2008. »

 

Economique et politique

Car l’enjeu économique se double d’un enjeu politique. L’union des petits éditeurs leur permet de faire entendre leur voix auprès des pouvoirs publics. Depuis 2002, l’Alliance internationale des éditeurs indépendants œuvre à une meilleure circulation des livres. Composée de 85 maisons d’édition et collectifs d’éditeurs de 45 pays différents, cette association, forte d’antennes réparties en cinq zones linguistiques (français, espagnol, portugais, anglais et arabe), organise en 2014 des états généraux de l’édition indépendante à échelle mondiale. Il s’agit de contrer l’action envahissante des grands groupes internationaux en proposant des outils et ressources aux éditeurs adhérents et de soutenir la « bibliodiversité ». « Ce qu’on voit au salon de l’édition indépendante, se réjouit Stéfani de Loppinot, ce sont des livres d’une variété impressionnante, tant par le format que sur le fond. Cela ne ressemble pas à l’image qu’on se fait d’une librairie.»

Travail d’illustration, de reliure, de traduction, de réédition… Les petits éditeurs sont des bibliophiles avant d’être des marchands. Les visiteurs du Salon du livre de Colmar pouvaient aussi le découvrir les 23 et 24 novembre dans « L’autre salon », un espace entièrement dédié à la microédition depuis trois ans. Définie par la pratique de tirages limités, n’excédant pas 2000 exemplaires, la microédition est souvent le lieu d’un travail de création important sur l’objet livre. De la sérigraphie à la BD, le fond et la forme sont traités comme une œuvre unique. Bien loin des formats Epub et de la vente en ligne.

Fanny Taillandier