Un air printanier sur la poésie

20/02/2012

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« Et la clarté déserte de ma lampe / Sur le vide papier que la blancheur défend… » Cette vignette de Mallarmé suggère une poésie stérile, solitaire, douloureuse… Que n’a-t-il participé au Printemps des poètes ! Car cette manifestation dont la 14eédition se déroule du 5 au 18 mars, et qui s’étend désormais sur tout le territoire, offre une image tout autre de l’écriture poétique. D’abord parce qu’elle permet de dépasser les idées préconçues : « L’édition de poésie est très dynamique, variée et exigeante, martèle Jean-Pierre Siméon, directeur artistique de l’événement. Il est faux de dire que la poésie n’intéresse personne. »

Ces a priori sont liés à deux problèmes réels du secteur : sa diffusion confidentielle, souvent artisanale, et l’invisibilité médiatique quasi-totale qui en est la cause. « Il doit y avoir au plus une centaine de libraires qui acceptent nos offices en France, bien que nous soyons diffusés par Volumen. Cela donne une mise en place de 300 à 500 exemplaires par titre  », déplore Jean-Yves Reuzeau, directeur des éditions du Castor Astral. « Et pourtant, poursuit-il, dès que la presse et surtout la radio en parlent, les ventes s’en ressentent». Le succès de la collection Poésie-Gallimard, qui n’a pas ce problème de distribution, témoigne d’un intérêt réel du public : ses ventes ont augmenté de 22% en 2011.

Tout l’enjeu est donc de changer le rapport entretenu par le public et les critiques à la poésie. « Aujourd’hui, la demande en poésie se fait sentir : c’est le début du bénéfice de trente ans de travail pour faire évoluer la relation au texte», estime Jean-Pierre Siméon. Le Printemps des poètes n’est qu’un exemple des nombreux festivals organisés chaque année. La popularisation du genre passe aussi par une vaste entreprise auprès des jeunes, dont par exemple des interventions de poètes dans les classes. Le thème retenu cette année pour le Printemps des poètes, « Enfances », met également en lumière le dynamisme de la poésie contemporaine destinée au jeune public, telle que celle éditée par Rue du Monde.

Ce changement de rapport est aussi le fait des poètes eux-mêmes, qui ont développé un « anticorps » face au silence de la presse, selon Jean-Pierre Siméon : les lectures publiques. Les salles sont combles, aussi bien en librairie qu’au théâtre. « C’est une autre façon d’être présents :les poètes mènent le livre à leur public. »

Fanny Taillandier